Girlfriend experience

Ángeles, à quatre-vingts kilomètres de Manille (Philippines), est reconnue dans le monde des touristes sexuels pour son offre particulière de tourisme sexuel : la « girlfriend experience ». Ceux qui s’y rendent, coréens, japonais, américains, australiens, néo-zélandais pour l’essentiel, s’y donnent l’illusion de partager des moments intimes avec une « petite amie » pendant quelques heures ou plusieurs jours. Ils l’ont trouvée dans un des cent et quelques bars de Field’s Avenue où ces jeunes femmes, parfois mineures, dansent par centaines, presque nues, sur les pistes avant de venir aguicher le client sous l’œil autoritaire des Mama San. Ainsi pour un « bar fine » de 1000 à 1500 Pesos (15-25€) payé au bar, le client peut emmener la jeune prostituée. Flanqué de sa « girlfriend » il se rend à l’hôtel, au restaurant ou dans un autre bar pour en choisir une autre qui se joindra à eux pour le reste de la nuit. La girlfriend expérience c’est aussi pouvoir passer, sans supplément, quelques jours à la plage ou à la piscine de l’hôtel à la manière d’un couple ordinaire. Les rapports se font sans protection. Dans ce pays profondément catholique, l’avortement est interdit et surtout considéré comme criminel par la majorité des prostituées elles-mêmes.

Douze à quinze mille jeunes filles sont employées dans les établissements consciencieusement recensés dans divers guides touristiques distribués gratuitement dans les hôtels et restaurants de la ville. Elles viennent souvent des campagnes, des quartiers pauvres ou des bidonvilles de la région. Par exemple de Pampang un des deux bidonvilles d’Angeles City.

Cette activité qui s’accompagne d’une prostitution de transsexuels travaillant dans la rue, fait vivre des dizaines de petits métiers : vendeur de viagra, de sucettes, de cigarettes, de peluches destinées aux girlfriends… Elle fait aussi vivre les hôtels qui pratiquent des tarifs bien au dessus de ceux de Manille, les restaurants et snack ouverts toutes la nuit, et autres chauffeurs de taxi moto. Cette prostitution est connue de tous ce qui n’empêche pas le maire d’Angeles City d’en nier publiquement l’existence. De temps à autre la police lourdement armée vient fermer deux ou trois bars qui rouvrent quelques jours plus tard : il s’agissait juste de réajuster ou de rappeler les tarifs de la corruption.

La prostitution massive à Angeles, qui abrite des dizaines d’églises catholiques, est née du voisinage avec la plus grande base américaine jamais construite hors des USA : Clark base. Établie dès 1903 elle a été fermée en 1991. Il reste de cette longue présence un aéroport international, un immense cimetière militaire et quelques soldats perdus. Depuis la fermeture de la base, l’activité et le mythe ont perduré, les touristes ont remplacé les soldats sur Field’s Avenue et nombre d’enfants nés de la « girlfriend experience » cherchent leur père…